Les élites expatriées veulent contribuer au développement de leur pays

Les élites expatriées veulent contribuer au développement de leur pays

Selon diverses estimations ( Présidence, Affaires Étrangères, mouvements associatifs évoluant en France) environ 250.000 diplômés de l’enseignement supérieur auraient quitté l’Algérie de la fin des années 7O à ce jour et prés de 2500 les rejoindraient chaque année. Victimes du chômage après l’obtention du diplôme, empêchés d’effectuer des post-graduations, marginalisés dans les entreprises nationales, peu motivés pour lancer des affaires dans leur pays, ces derniers sont bien souvent contraints de tenter leur chance sous d’autres cieux.

Si, dans les années 70 et 80 les départs à l’étranger ne concernaient que les scientifiques de hauts rangs, l’émigration des cadres algériens a pris une tournure plus dramatique au cours de ces vingt dernières années, en affectant tout le champ des élites qu’elles soient scientifiques, littéraires, artistiques, managériales et autres. Bon nombre de ces cadres sont parti grossir dans les pays d’accueil (France, Canada, Belgique, Suisse, USA etc.) les rangs des créateurs d’entreprises, qui disposeraient, selon les estimations d’une de leurs associations, d’environ 40 milliards d’euros en dépôts courants uniquement dans les banques françaises.

Une manne colossale dont notre économie, mal en point, aurait pu tirer profit, si nos autorités avaient pris la peine de mettre en place les moyens d’attraction appropriés, comme par exemple cette « Banque de l’Émigration »  que le gouvernement algérien projette de créer depuis la fin des années 80. Un réseau d’entreprises disposant d’une importante manne financière, existerait également au Canada et aux USA où, tout comme en Europe, on recense de nombreux hommes d’affaires, des médecins, de hauts cadres scientifiques exerçant dans de grands laboratoires et centres de recherche, des spécialistes faisant autorité dans les technologies de pointes etc.

Un prodigieux stock d’élites pluri-disciplinaires qu’il s’agit aujourd’hui de mettre à contribution, non pas en les faisant revenir définitivement en Algérie mais en sollicitant, autant que faire se peut, leurs contributions multiformes à partir du pays d’accueil. Les nouvelles technologies de l’information et la communication (internet, visioconférences etc.) leur donnent aujourd’hui la possibilité de mettre à la disposition de leur pays leur capitaux, leurs savoirs et leur expertise sans être obligés d’y résider en permanence.

La réussite de nombreux compatriotes en dehors du pays montre bien que lorsque les mécanismes du marché fonctionnent et que l’État de droit existe, les algériens sont, comme les citoyens des pays avancés, en mesure de maîtriser les nouvelles technologies, de créer et de gérer avec compétence des entreprises.

La marginalisation et les échecs professionnels que la plupart d’entre eux avaient subis dans leur pays, avant de se résoudre à se faire une place au soleil à l’étranger, prouvent que le mal réside dans l’incapacité de nos gouvernants à créer des conditions de travail suffisamment attractives pour retenir cette légion d’élites qui ne demandaient qu’à s’épanouir dans leur pays d’origine. Ce qu’on ne leur a pas permis de réaliser dans leur pays, ces élites l’ont fait dans les pays qui les ont accueillis et donné la chance de réussir. C’est ainsi qu’en France il existerait en 2001 déjà, quelques 99.000 chefs d’entreprises d’origine algérienne selon le très sérieux institut français de statistiques économiques INSEE.

Le chiffre aurait au minimum doublé durant ces 15 dernières années de forte émigration et de grande disponibilité financière. Cette prolifération d’entreprises créés par des algériens expatriés en France, est effectivement due à l’installation massive en France de cadres algériens marginalisés, menacés ou tout simplement « à l’étroit » dans leur propre pays, mais suffisamment bien formés pour créer dans leur pays d’accueil des entreprises à la mesure de leurs compétences, de leurs moyens et de leurs ambitions.

Il y a également les riches entrepreneurs installés en Algérie, de plus en plus nombreux à chercher un pied à terre à l’étranger (plus souvent en France), en y montant des affaires qui serviront principalement à financer la scolarité de leurs enfants et le train de vie de leur famille qui y passent des séjours de plus en plus prolongés. Il y a enfin les immigrés algériens de la deuxième génération qui ont eu la chance d’avoir étudié dans les grandes écoles et notamment celles qui enseignent les sciences et  technologies de pointe offrant la possibilité de créer rapidement des Start Up dans des créneaux les plus rentables (informatique, télécommunications, ingénieries, Conseils etc.)

Si les terrains de prédilection des entreprises créées à l’étranger sont assurément le commerce et la distribution, les algériens expatriés favorisés par leurs niveaux d’étude plus élevé que ceux de leurs ainés, sont effectivement de plus en plus nombreux à investir dans des activités aussi variées que l’industrie électronique, l’agroalimentaire, les médicaments, l’informatique, les transports, le négoce, l’expertise comptable, l’hôtellerie, et même les médias lourds. L’écrasante majorité de ces chefs d’entreprises a pour caractéristique d’avoir gravi les échelons de la réussite économique et sociale par la seule force de leur volonté, favorisée, il est vrai, par l’existence dans le pays d’accueil d’un véritable État de droit et de mécanismes de marchés autrement plus adaptés que ceux qui existent dans leur pays d’origine.

Placés dans les conditions de travail qui prévalent actuellement en Algérie, ces derniers auraient en effet été plus vulnérables et davantage exposés aux abandons et faillites prématurées. C’est pourquoi ils sont constamment à l’écoute d’éventuels changements  en mesure d’améliorer le climat des affaires en Algérie. Des changements qui, malheureusement, tardent à venir.

NORDINE GRIM/Algérie Eco

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