« la Fabuleuse histoire du sport algérien  » Entretien avec Fayçal Chehat

« la Fabuleuse histoire du sport algérien  » Entretien avec Fayçal Chehat

F ayçal Chehat a le sport et l‘écriture dans son adn. Journaliste de formation et ancien coureur universitaire du demi-fond, l’Algérien des Hauts-Plateaux a toujours su conjuguer son amour de l’écrit et de la chose sportive en publiant plusieurs romans et en lançant de nombreux médias (Lettre du sport africain, Lettre des musiques et des art africains, Africultures…) dont le dernier en date est le premier site sur le football arabe (www.2022mag.com). Jamais à court d’idées, le natif de Khemis-Miliana vient de faire paraitre aux éditions Al.bayazin, Les moisson d’exil, le premier des 4 tomes de la Fabuleuse histoire du sport algérien. Djazair Magazine est parti à sa rencontre pour en connaitre davantage sur cette saga haute en couleurs.

– Comment est née l’idée de ces 4 tomes sur la fabuleuse histoire du sport algérien?

Le sujet remonte à l’époque où je publiais une newsletter intitulée  La Lettre du Sport africain qui faisait la part belle aux résultats et statistiques. Elles étaient rares à l’époque. J’étais alors beaucoup dans la recherche et l’histoire du sport. Et le sport en Algérie, mon pays de naissance et de coeur, faisait partie de mes centres d’intérêt. Mieux, c’était ma passion. C’est ainsi que l’idée d’en faire le récit  a germé.

  • Pourquoi avoir privilégié une version bi-langue arabe/français?

 Le choix d’une version bilingue est une évidence dans un pays comme l’Algérie où la langue arabe est largement majoritaire même si le français demeure très pratiqué et maîtrisé par énormément de monde. Sans compter ceux qui son capables de s’exprimer dans les deux langues. Le deuxième tome, dont la sortie aura lieu début 2017,  sera édité sous la forme de deux ouvrages séparés (arabe/ français).

– Quelle a été la logique du découpage de cette histoire en 4 tomes (période, personnages, équipes, contexte historique..)?

Comme je voulais une écrire une histoire au long cours, je suis remonté jusqu’au début du 20ème siècle. C’est-à-dire aux sources du sport moderne. La première partie consacrée à la période 1920-1962 couvrait la période coloniale. A cette époque, les sportifs algériens ne pouvaient s’exprimer au plus haut niveau qu’après avoir traversé la Méditerranée pour rejoindre la métropole.

– Vous remontez jusqu’au début du siècle précédent (1912) et non à l’indépendance. Pour quelles raisons?

Parce qu’il fallait montrer que des générations de sportifs algériens ont réussi, en dépit de conditions difficiles, à s’exprimer au niveau mondial même si ce n’était pas sous les couleurs algériennes. En clair, la mèche de la performance avait été allumée  bien avant l’indépendance de la nation.

– Avez vous rencontré des difficultés pour reconstituer ce panorama?

Énormément. Ma recherche avait commencé bien avant l’avénement  de l’internet. Certes, j’avais bien des archives personnelles, mais  il  m’a  surtout fallu dépouiller des milliers de numéros de la presse nationale et internationale à la Bibliothèque nationale de France et dans les archives de journaux spécialisés. Il m’a fallu écrire à des institutions sportives (IAAF, FIFA…), à des organisateurs d’événements régionaux ou mondiaux etc. pour récupérer certaines informations.

– Quelle a été la période la plus faste depuis 1912 ?

Sans doute les années qui ont suivi la réforme sportive en 1977. La prise en charge des élites par l’Etat a permis la naissance d’une ou deux générations talentueuses. Les  qualifications aux deux premières Coupe du monde de football (1982,1986), la domination continentale écrasante en handball, judo, boxe et cyclisme, les premières médailles olympiques et surtout la percée incontestable du demi fond symbolisée par les deux stars mondiales, Nordine Morceli et Hassiba Boulmerka.

– Y-a-t-il des sports qui correspondent davantage que d’autres à la personnalité de l’Algérien?

Absolument. D’abord le football , c’est une évidence. Mais aussi l’athlétisme où l’Algérie n’était pas seulement douée pour le demi-fond. Elle a réussi au fil des décennies à se passionner et à développer des spécialités plus techniques comme les sauts et lancers produisant quelques beaux champions. Et puis, comment ne pas citer la boxe. L’histoire, extraordinaire et continue depuis un siècle de cette discipline, est à écrire. Pour moi, la boxe est le sport des morts de faim, des revanchards, des battants. Tout ce qui a toujours caractérisé la jeunesse algérienne en raison d’une longue histoire faite de lutes douloureuses. C’est sans doute le sport qui a donné le plus de satisfaction au pays. On peut citer également le handball, le cyclisme et tous les sports de combat à commencer par le judo féminin et masculin.

– Dans cette saga, y-a-t-il un personnage ou une équipe qui vous a le plus touché?

Il y en a beaucoup. L’histoire a la fois belle et dramatique du champion olympique de marathon El Ouafi (1928), le panache et le talent du cycliste Abdelkader Zaaf, l’aventure et la carrière magnifique de celui qui fut sans doute aucun le plus grand et le plus beau boxeur algérien de tous les temps, Chérif Hamia. Une saga  qui inspire l’écriture de mon prochain roman. En football, comment ne pas retenir la fabuleuse saga de l’équipe du FLN. Un exemple extraordinaire du sens du sacrifice individuel, du don de soi d’une cinquantaine de footballeurs pour l’amour de leur pays en lutte.

– Votre travail est-il un hommage à tous ces sportifs ou des archives pour les futures générations?

Je répondrais: les deux mon capitaine. Ce travail est une modeste contribution à la mémoire des champions qui ne sont plus de ce monde et un repère pour les nouvelles générations.  Par exemple,  le miler Taoufik  Makhloufi doit savoir qu’il a eu des modèles exceptionnelles nommés  El Ouafi, Alain Mimoun, et plus près de nous historiquement, Nordine Morceli. Idem pour les jeunes champions de boxe ou le footballeur Riyad Mahrez se doit de connaître le superbe parcours sportif et humain de Rachid Melhloufi. Cette transmission de l’histoire est indispensable.

– Comment voyez vous l’évolution du sport en Algérie 100 ans après l’indépendance?

Difficile d’imaginer si loin dans le temps. Le monde, l’Algérie, la place du sport ont changé. Pour assurer une relève diversifiée et forte, il faudra que le secteur public et le secteur privé unissent leurs efforts et leurs moyens pour multiplier les investissements au niveau de l’infrastructure et  de la formation. Et surtout, redonner au sport une place de choix à l’école et à l’université.

 

Nasser Mabrouk

#N4DjazairMagazine

 

 

 

 

 

 

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