Eveil d’une conscience nationale

Eveil d’une conscience nationale
Feraoun, l’enfant berger, refuse d’oublier les siens avec qui il a partagé les pires moments du colonialisme. Alors, de fil en aiguille, il raconte le quotidien du village Kabyle. Cela donnera  « Le Fils du pauvre »

 

Le fils du pauvre, de Mouloud Feraoun, parut pour la première fois en 1950. Le titre  est évocateur, voire révélateur de la société Kabyle à l’époque coloniale. Titre, à plusieurs égard, parlant ; tant par la couverture noire et blanc de la couverture que par l’image elle-même, un père emmitouflé dans un burnous et un fils en djellaba symboles de la tradition Kabyle. Un père qui transmet les valeurs au fils tout en lui prodiguant des conseils de ne pas abdiquer au nif, l’honneur et la fierté d’être soi-même.

Quand au contenu, un petit recul oblige, prendre une distance pour en apercevoir un effet flash-back. Une sorte d’arrêt sur image pour sentir la sincérité de l’auteur, notamment sur un style d’écriture qui se divise en trois formes, à savoir : romanesque, documentaire ou informative et enfin émotionnelle sans pour autant cloisonner ou enfermé ses trois formes, chacune dans une boite.

Les objectifs, les volontés, les envies de chacune d’entre elles, peuvent se retrouver dans chaque autre et même, bien souvent. Ses descriptions sont présentes. Louis Aragon disait : « l’écriture littéraire a pour but (désiré ou non) de se retrouver dans l’univers social » N’est-ce-pas cette dimension sociale que l’auteur Mouloud Feraoun souhaiterait atteindre à travers des personnages qu’il se crée ?  D’ailleurs il en parle beaucoup du rêve, rêve d’intégrer l’école Normal quand bien même il est conscient que ce rêve a un prix, il ne voulait pas retourner à la condition de paysan réduit au travail domestique.

Ce livre se subdivise en deux grandes parties; La première est consacrée à la famille, l’auteur met en évidence la famille car il sait bien que la famille est très importante dans la société Kabyle. La citation d’Anton Tchekov (1860-1904) écrivain Russe en dit long. Quant à la seconde partie est consacré au fils aîné, l’auteur préfère mettre en exergue le droit d’aînesse toujours en vigueur en Kabylie mais en réalité, ce droit d’ainesse n’est ni un droit ni une responsabilité, plutôt une obligation morale. L’aîné prend la grande part en cas d’héritage les petits benjamins et cadets doivent obéissance

Fouroulou Menrad La dimension fictionnelle du roman tient en cela, personnage clé, sachant que Fouroulou Menrand est l’anagramme de Mouloud Feraoun, il se présente comme un narrateur s’inspirant de son enfance. Issu dans un premier temps d’une famille qui ne comporte que des filles. D’autant plus qu’il est le premier-né mâle, il est choyé, dorloté et surtout baigné au milieu de la gente féminine. « Je suis né, en l’an de grâce 1912, deux jours avant le fameux prêt de Tibrari, février suivant le calendrier gréco-romain, qui a, jadis tué et pétrifié une vieille sur les pitons du Djurdjura et qui demeure toujours la terreur des octogénaires Kabyles, (premier paragraphe, chapitre 4. Page 27), ici l’auteur fait allusion au fameux jour du prêt de yennayer, nouvel an berbère.

Puis juste au paragraphe suivant, il écrit « comme j’étais le premier garçon né viable dans ma famille, ma grand-mère décida péremptoirement de m’appeler Fouroulou (de effer : cacher). Ce qui signifie que personne au monde ne pourra me voir, de son œil bon ou mauvais, jusqu’au jour où je franchirai moi-même sur mes deux pieds, le seuil de notre maison » ici, l’auteur fait allusion au mauvais sort, quand on est malade ou diminue voire subit un échec, le bouc émissaire c’est le mauvais œil. Cela prouve que ces femmes qui l’élevaient en l’occurrence sa mère et ses sœurs le choyées mais pas que, puisqu’à la liste s’ajoutent tantes maternelles, le père, la grand-mère, son oncle, etc.

Revirement ou changement d’attitude, puisque déjà à l’âge de 5ans, suivant ses propres propos en page 13 «…jusqu’au jour où je franchirai moi-même, sur mes deux pieds, le seuil de notre maison. » peut s’analyser d’une vengeance sur la vie, sur la pauvreté, voire même un militantisme  et faire face au monde extérieur ? S’agit-il d’un enfant précoce ? Pensant être face à plusieurs formes de colonisation subissant de fait le génocide culturel, de surcroit la dernière avec la colonisation française.

La petite enfance de Fouroulou se déroule dans des conditions déplorables, un lieu fermé mais à ciel ouvert au milieu des siens. C’est pourquoi le roman peut être considéré comme un document historique. L’auteur fait preuve d’une extraordinaire œuvre que l’on peut qualifié réaliste en ménageant un peu d’humour et d’un grand amour, tendresse à l’égard des paysans. Mais le paradoxe par rapport à la réalité de l’époque, c’est que Fouroulou, malgré son jeune âge devrait endosser la responsabilité de chef de famille en l’absence du père. Certes, Il reçoit un soutien affectif et sans réserve de Nana et de Khalti : « je suis reconnaissant à Khalti de m’avoir appris de bonne heure à rêver, à aimer un monde à ma convenance, un pays de chimères où je suis seul à pouvoir pénétrer. » p.22

L’univers du livre

Par Mokrane Maameri

 

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