Fethi Sahraoui, lauréat 2017 du prix des Amis de l’IMA pour la création contemporaine

Fethi Sahraoui, lauréat 2017 du prix des Amis de l’IMA pour la création contemporaine

Entretien de Coralie Guillaubez/ Institut du Monde Arabe

Crédit Photo/ Fethi Sahraoui

 

Avec son iPhone, Fethi Sahraoui capte des scènes de la vie ordinaire dans des camps sahraouis à la frontière sud-ouest de l’Algérie. Son projet, “Mercedes Island”, a été couronné par le prix 2017 de la Société des Amis de l’Institut du monde arabe pour la création contemporaine arabe. Il sera exposé dans le cadre de l’exposition “Trésors de l’islam en Afrique. De Tombouctou à Zanzibar”, du 14 avril au 30 juillet 2017, avant d’intégrer les collections de l’IMA. Pourquoi la photographie? Et pourquoi le désert? Rencontre avec l’artiste.

 Pourquoi la photographie?

La photographie représente pour moi un mode de vie qui me permet d’interagir avec la société, avec les personnes qui m’entourent et que je rencontre. En réfléchissant à la façon avec laquelle je me suis intéressé à la photographie, un souvenir d’enfance m’est revenu : j’aimais particulièrement feuilleter la partie illustrée des noms propres d’un dictionnaire qui se trouvait dans la bibliothèque familiale. Il y avait des images de tout à l’intérieur.

C’est dans un dictionnaire que j’ai vu pour la première fois la photo de Robert Capa, la mort d’un soldat républicain, ou une photo de Robert Doisneau. Après avoir commencé la photo, je me suis rendu compte de l’importance du visual story telling : la possibilité de raconter des histoires avec une série de photos cohérente, qui parfois peut se passer de mots.

Quel est votre rapport à l’image ?
Alter­ner entre l’ap­pa­reil léger et dis­cret qu’est l’iPhone et le moyen-for­mat per­met d’of­frir deux visions du sujet, l’une dyna­mique et spon­ta­née, l’autre plus fixe et posée.

Tout ce qui est visuel peut attirer mon attention, même si l’on devient sélectif avec le temps. Il y a de la beauté dans les scènes les plus banales de la vie. Il faut être attentif et saisir le bon moment, être au bon endroit.
L’utilisation d’un moyen-format argentique apporte une nouvelle dimension à mon travail. Le rapport aux sujets et l’esthétique sont différents. Par sa corpulence et sa technique, le moyen-format impose un autre rapport au temps, à la prise de vue et au sujet photographié. Les personnes peuvent être amenées à poser, voire à se mettre en scène face à l’objectif. Le fait d’alterner entre l’appareil léger et discret qu’est l’iPhone et le moyen-format offre deux visions du sujet, l’une dynamique et spontanée, l’autre plus fixe et posée.

Le rapport au temps est aussi différent : avec un téléphone, l’espace de stockage est important, et on peut passer une journée entière à shooter. Avec l’argentique, moyen-format, c’est 10 photos par pellicule, tout fonctionne en manuel. Cela m’amène à être attentif à tout ce qui est autour de moi, avec plus de concentration.
J’ai fait le choix de la photographie, bien que l’image animée et le cinéma représentent une importante source d’inspiration pour un photographe. Pour ma part, je préfère figer un moment que de faire de la vidéo.

 Quelques mots sur le “Collectif 220”, dont vous êtes membre, et sur vos projets à long terme?

Le collectif 220 est issu de la rencontre entre sept photographes algériens originaires de différentes régions du pays. Nous avons des regards divers sur ce qui nous entoure, ce qui nous permet d’enrichir nos échanges et nos travaux collectifs. Le chiffre 220 fait écho au numéro de la chambre d’hôtel où est née l’idée de la création du collectif.
J’ai exposé pour la première fois en 2015 avec des membres du collectif 220, dont Sonia Merabet et Youcef Krache, qui font de la street photography. L’exposition était intitulée Chawari3 (chawari signifie “rue” en arabe) et se tenait à la Baignoire, à Alger, un lieu hybride qui sert à la fois d’espace de travail à la société de Samir Toumi, propriétaire et initiateur du projet, et d’espace d’exposition. Mais c’est l’exposition du 220 au Sylabs, en mai 2016 à Alger, qui représente le point de départ du collectif 220, le commencement d’une aventure.
Mon premier projet à long terme s’intitue Stadiumphilia. Cela fait plus d’un an que je travaille dessus (le projet est toujours “in progress”), ça se passe avec les supporteurs de deux clubs algériens de football. C’est un travail documentaire sur les jeunes supporteurs et leur échappée de la pression de la société.
Ma série Vie/sages, une série de portraits en “close up” de personnes âgées, a été exposée pour le “Premier Jeune talent” de la Quatrième image en 2015.

“Mercy Island” : pourquoi cet intérêt pour l’espace saharien?


“Mercy Island” est une expé­rience nou­velle : c’est la pre­mière fois que je me retrouve à 1500 km de chez moi, pour tra­vailler sur un pro­jet pho­to­gra­phique. 
Fethi Sahraoui

Je suis un enfant du désert, je suis né dans la région industrielle de Hassi R’mel, dans le Sud algérien. Je n’ai passé que cinq ans de ma vie là-bas, mon père a travaillé pendant plus de 28 ans dans une société pétrolière. Je pense que mon intérêt pour le désert vient en partie de là. Le voyage dans les camps de réfugiés près de Tindouf en octobre 2016 m’a donné envie de passer plus de temps sur ces lieux, de prendre le temps de documenter la vie des habitants.
Au-delà de l’aspect technique et de l’utilisation de la couleur, Mercy Island est une expérience nouvelle et unique car c’est la première fois que je me retrouve à 1500 km de chez moi, pour travailler sur un projet photographique.
Le prix des Amis de l’IMA est venu dans une phase importante de ma vie : ma dernière année universitaire. Il est possible que je sois amené à prendre une décision très importante dans ma vie : trouver un travail avec mon diplôme, ou continuer à vadrouiller avec un appareil photo. La deuxième option me tente beaucoup plus.

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