Badreddine Ramtani, employé algérien chez Google: « L’e-commerce doit être le principal moteur du web algérien »

Badreddine Ramtani, employé algérien chez Google: « L’e-commerce doit être le principal moteur du web algérien »

B adreddine Ramtani est Account strategist chez Google. Dans un entretien accordé au Huffington Post, ce jeune de 25 ans, un des rares Algériens à bosser pour ce géant du web, affiche son optimisme quant à l’avenir du numérique en Algérie. S’il ne manque pas de souligner le retard enregistré dans le secteur, notamment en matière de pénétration du réseau Internet, d’infrastructures et d’entrepreneuriat, « Badi » profite de son expérience chez un autre géant, Rocket Internet, pour expliquer comment l’Algérie peut réussir une transition vers le tout-numérique.

Badreddine en a mis du temps à digérer la -très- bonne nouvelle de son recrutement par Google. Et avant d’évoquer la conjoncture actuelle du web algérien, il revient d’abord sur son parcours, ses débuts dans le numérique et son recrutement par la filiale du groupe Alphabet.

« Badi », comme aiment le surnommer ses proches, a grandi à Hadjout, dans la wilaya de Tipaza. A l’obtention de son baccalauréat en 2008, il rejoint l’université à Alger avant de partir deux années plus tard en France pour poursuivre ses études. Jusque-là, rien ne lui présageait une carrière dans le web, encore moins un recrutement par un des géants mondiaux du web.

Dans l’Hexagone, il effectue une licence, dont une année d’études en Autriche dans le cadre du programme Erasmus et poursuit son cursus. C’est durant ses deux années de master en « Négociateur trilingue en commerce International » que Badreddine fait son immersion dans le numérique, le commerce électronique particulièrement.

Ses premiers pas, il les fait en tant que stagiaire à Paris comme consultant junior en export auprès d’une PME française de services de consulting en management. Son intérêt pour ce secteur se manifeste réellement lorsque son employeur le charge de définir la stratégie de pénétration du marché français, de la part d’une startup néerlandaise spécialisée dans le business en ligne.

« Ce n’était pas facile »

Ses débuts se poursuivent durant la seconde année de son master grâce à son stage à Munich, en Allemagne, auprès de Cuponation GmbH. Une start-up créée par l’incubateur Rocket Internet, présent depuis 2014 en Algérie à travers ses sites Kaymu et Lamudi.

Chargé du poste « Global Business Development Manager » à la fin de son stage en 2014, « Badi » se met ainsi à gérer de nombreux projets de développement du business en ligne, non seulement en Allemagne mais dans une quinzaine d’autres pays, explique-t-il au HuffPost Algérie.

Deux années plus tard, Badreddine Ramtani postule pour un poste chez Google. Il se rappelle bien de ce stress, mais surtout de cette euphorie suivant son embauche. « Ce n´était pas facile. Il fallait passer plusieurs entretiens. Nous nous attendions, chacun des candidats, a être éliminé », se rappelle-t-il. « C’était très stressant mais aussi très excitant de passer les étapes. Nous éprouvions une immense satisfaction à la fin de chacune d’elle. A la dernière étape, j´ai attendu avec angoisse le résultat, puis le mail de confirmation est arrivé… », rajoute-t-il.

« Badro » a mis un bon moment à réaliser que Google l´a accepté dans son centre européen, à Dublin en Irlande. « Depuis, je suis plus que jamais convaincu que tout le monde peut réussir à réaliser ses objectifs, s´il y croit et qu´il fasse les efforts nécessaires pour les concrétiser », affirme-t-il.

« Si moi, j’ai réussi, il n´y a absolument aucune raison pour qu´un autre ne réussisse pas (…) Bien sûr, tout cela s´est réalisé en travaillant très dur, parfois 12 heures par jour », tient-il à rappeler.

Il occupe ainsi le poste de « Account Strategist » pour les marchés de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Sa mission consiste à définir la stratégie de marketing en ligne des petites et moyennes entreprises de ces marchés, à travers les différents services de Google.

Les startup, ce maillon fort

Il profite ainsi de son savoir-faire et son expérience pour dresser un panorama de la conjoncture actuelle du e-business en particulier et du numérique en général dans notre pays. Et Badreddine ne manque pas de faire part de son optimisme en notant les améliorations enregistrées ces dernières années, malgré les nombreux retards accusés dans le secteur, dont l’absence du paiement en ligne, le faible taux de pénétration du réseau Internet et l’accès difficile à l’entrepreneuriat.

« La conjoncture actuelle du numérique est devenue nettement plus favorable. Les start-up en Algérie ont un avenir positif », affirme-t-il. « Dans le domaine numérique, en matière d’e-commerce notamment, les grandes firmes étrangères commencent à miser sur le marché nord-africain et investissent en créant des start-up », poursuit-il, en citant Lamudi et Jumia, entre autres.

Mais le nouveau employé de Google persiste et signe: les start-up sont un des maillons forts pour entamer le processus vers le tout-numérique. Ces petites entreprises joueront un rôle primordial en incitant investissements locaux et étrangers dans la création de plates-formes e-commerce ». Une activité liée à plusieurs autres éléments externes, dont le paiement en ligne, annoncé l’année dernière sans jamais être lancé. A ce sujet, M. Ramtani souligne la nécessité d’améliorer les infrastructures.

 Pour ce faire, « l’Algérie doit faire appel à des efforts collectifs, ceux de ses institutions étatiques et de ses sociétés privées », estime-t-il. Et l’enjeu premier est de faciliter l’accès à l’entrepreneuriat.

Le pays « doit prendre des mesures au court, moyen et long terme afin d’optimiser l’accès à l’entrepreneuriat. Au court terme, l’Algérie est actuellement dans une bonne position vue l’initiative de l’Etat d’aider le financement de création de petites entreprises, via l’ANSEJ. Au moyen terme, l’Etat peut alléger les formalités administratives afin d’inciter les jeunes. Dans certains pays asiatiques, on peut créer son entreprise en ligne et en quelques minutes », poursuit l’ex-employé de Rocket Internet.

Et de poursuivre: « au long terme, c’est à l’éducation nationale d’inciter les jeunes vers ce mode de pensée », autrement dit, celui de l’innovation et de la créativité. Une démarche qui pourrait puiser ses efforts dans des partenariats avec des universités étrangères ou dans la création de business school.

L’e-commerce, le moteur du web

Badreddine Ramtani pointe aussi du doigt le faible taux de pénétration. « Chez les ménages ou sur mobile, l’accès à internet en Algérie reste quand même très faible. En effet, selon la Banque Mondiale, seulement 16,5% de la population algérienne a accès à internet ». Il s’agit là de l’une des principales raisons du manque de l’intérêt des grandes firmes pour le marché algérien, à en croire « Badi ».

Il en veut pour preuve la réussite du Kenya à drainer ces firmes, en améliorant la situation de leur web. « L’Afrique compte 4 Google offices. Le Maghreb en compte 0. Pourquoi? Pourquoi existe-t-il un office au Kenya et pas un seul en Algérie. Nous sommes plus développés que le Kenya, quand même ? Et bien non. 45% de la population au Kenya ont accès à Internet, selon Internet Live Stats. Cela est dû aux efforts effectués par le gouvernement à améliorer la situation du web et de la main d’œuvre ».

Ce taux faible se traduit surtout par une pénurie de contenus et, de cause à effet, de consommation locales. Et le commerce électronique pourrait constituer un tremplin pour l’émergence du contenu algérien.

« Entre les réseaux sociaux, -un territoire presque inaccessible vu la suprématie des géants du web-, les sites de contenus -tels les médias- et les plates-formes e-commerces, celles-ci pourront constituer de loin le principal moteur du web algérien », affirme-t-il.

« Badro » conclut qu’en améliorant ainsi ses infrastructures, son taux de pénétration du réseau Internet, en promouvant les investissements et en facilitant l’accès à l’entrepreneuriat, l’Algérie pourra diversifier son contenu, multiplier les business en ligne et devenir « surement l’un des marchés les plus développés de l’Afrique ».

Une mission à laquelle devront être impliqués les jeunes algériens, principaux consommateurs du web. « Il faut juste croire en soi et aller de l’avant »…

 

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