La religion : le fanatisme entre mystique et politique

La religion : le fanatisme entre mystique et politique

U n superbe récit de Salim Bachi retrace le cheminement de la violence pour éclairer les débats spirituels et idéologiques qui travaillent la société contemporaine, et au-delà.

D’une œuvre entièrement romanesquedu Chien d’Ulysse publié en 2001récompensé par un prix Goncourt du premier roman et prix littéraire de la vocation, Salim Bachi, auteur algérien né à Alger en 1971 et a vécu à Annaba jusqu’en 1996. En 1997, il quitte l’Algérie afin de poursuivre ses études de lettres à Paris (obtenant un DEA de lettres modernes sur l’œuvre romanesque d’André Malraux) Il vit à Paris depuis une vingtaine d’années.

Le voilà à nouveau, il nous fait une enjambée poétique avec l’apparition d’un livre Dieu, Allah, moi et les autres(parut le 3janvier 2017, Gallimard),un récit très personnel dans il nargue des amarres se laissant à raconter à cœur vaillant sa vie partagée entre les deux rives de la méditerrané, son pays natal l’Algérie et son pays adoptif la France se posant autant de question sans vraiment trouver des réponses à la fois sur sa foi, sur ses amours et sur sa profession d’écrivain. Il s’agit bel et bien d’une autobiographique empreint de satire et de désillusion, de colère et de soulagement et dont émane, au-delà de sa virilité humaine, une profonde nostalgie.

La mort et la vie sont au cœur de ce livre dont le point de départ fut pour Salim Bachi le décès de son ami Hocine Ammari avec lequel il partageait sa fine et tendre jeunesse alors tous deux étudiants dans les années sombre de l’Algérie. Hocine, narrateur principal qui accompagnait Mourad, son siamois. Etce livre est en partie un signe de fidélité à l’ami perdu, ami considéré comme un compagnon de route dans les moments difficiles

C’estun témoignage sur une génération livrée à elle-même, aussi une génération débrouillarde tant sur le plan artistique que sportif en temps trouble. Une génération de chimères aussi dans la décennie noire déclenché la guerre civile après l’assassinat du Président Boudiaf à Annaba. Ainsi on voitnaitrel’école de violence, de l’endoctrinement et de la terreur dont l’auteur Salim Bachir dans ce récit incombe la responsabilité sur le système mis en place par les responsables politique depuis les années 1970, à savoir l’école algérienne du wahhabisme sur fond de bassiste dans un « cercle nationalisme-islamo-vicieux », châtiments corporels, insultes et humiliations à l’appui de ce cercle infernal.

Si l’auteur affiche son athéisme, Dieu, Allah, moi et les autres n’est surtout pas un pamphlet contre le religieux et non plus une apologie de blasphème ou de dénigrement, l’auteur veut dire qu’entre l’appellation Dieu et Allah ne veut rien dire s’il sert à justifier la violence. En déplaçant l’action dans le passé et en illustrant ses personnages de la réalité immédiate par une touche de refus de l’intolérance, Salim Bachi entendait créer la distance nécessaire à un regard à la fois ironique sur cette période de violence. La souffrance d’un moi « génétiquement musulman », est devenu étrange à son monde moderne Mais avec élégance l’auteur se refuse de concéder la liberté de conscience et d’expression si bien qu’il prenait des risques que certains de ses propos dans ce livre peuvent lui coûter cher.

Si Salim Bachi échappait aux châtiments du terrorisme vécu par desmilliers d’Algériens et ne pas entrer dans ce cercle aspirant de l’école de violence,  c’était grâce à sa plume qu’il tenait comme béquille de pensée « écrire et créer » et paradoxalement à sa santé si fragile. Et tout comme pour son « style d’écriture » à chacun de ses livres, Salim Bachi s’est fixé un idéal de phrase, de ton, et a cherché une sorte d’analyse et surtout pas de dénigrement ou de haine. On le constate d’ailleurs dans son roman Le dernier été d’un jeune homme, la femme, la littérature, l’écriture sont toujours présents. Son amour pour l’environnement fait parti prenante de l’auteur, comme Parisdont rêve tout écrivain.

La narration, à la fois divers et variée, hante les souvenirs des deux rives de la méditerrané sans oublierle voyageeffectué en Syrie, notamment au Palmyre aujourd’hui partiellement en ruine. Et, tout comme on est tous porté à nous intéresser aux autres, comprendre ce qui pousse lefanatique à passer à l’action, Salim Bachi ne déroge pas à la règle. Curieux il explore le parcours de la tragédie humaine. Son parcours d’écrivain est en cela la somme de la vie et ses aléas mêlés debribes d’événements et scellé d’aventure en aventure dont Salim Bachi croyait en sa foide devenir un jour écrivain.

L’intérêt littéraire de ce récit est qu’il nous fait aussi ouvrir les portes de son cœur, ses labyrinthes univers où se mêlentses nombreuses passions.Dieu, Allah, moi et les autres, nous surpris tant dans sa tonalité que par son contenu, car il résonne comme un bilan suivi d’adieu à la vie, d’autant plus que l’auteur, Salim Bachi n’a qu’une quarantaine d’année, tout en rendant hommage à son mentor Olivier René Louis Todd, écrivain et journaliste Français et des grands remerciements à son éditeur Gallimard.

L’univers du livre

Mokrane Maameri

écrivain

 

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